Colonialisme numérique?

Bonjour.

Avant de commencer, j’ai bien conscience que ce titre peut choquer, mais je pense qu’il faut appeler un chat un chat, et que le mieux peut être l’ennemi du bien.

C’est cette demande qui m’a fait réfléchir (même s’il est possible que la personne en question soit bien originaire du lieu à cartographier)

Une fois tout ça dit, je me lance : avons-nous la légitimité pour cartographier d’autres pays ?

En fait, il plus simple de prendre la question dans l’autre sens : comment réagirai-je si des personnes d’ailleurs cartographiaient mon coin ?

Ça peut sembler anodin, et l’on peut penser que toute contribution est bonne à prendre, mais à bien y réfléchir, comment ne pas « importer » ses préjugés culturels dans ses contributions et par là même effacer ou tout du moins empêcher l’émergence des spécificités locales ( ce qui pourrait nécessiter un gros travail de remise en état et par découragement maintient le statu-quo).

Y a-t-il déjà eu des questionnement similaires ?

ce qui est sûr c’est que la construction européenne est difficile sur les grands itinéraires : chaque pays a ses habitudes et on n’aime pas trop que les autres s’en mêlent…

C’est une réflexion valable à toutes les échelles du territoire.

De mon point de vue, on peut aider à cartographier des territoires plus ou moins lointains si il n’y a pas de contributeurs ou trop peu dans les zones en question.

Dans ce cas, il est quand même préférable de le faire en collaboration avec les contributeurs locaux, si il y en a et si on peut entrer en contact avec eux, ce qui n’est pas toujours facile.

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Bonnes questions.

Sans trop aller en profondeur, il y a sans doute de bonnes pratiques à mettre en place avant de contribuer ailleurs:

  • Consulter le wiki du pays pour identifier les pratiques locales (classifications des routes, des admin_level, langues des name, existence ou non d’un groupe local)
  • Se rapprocher de la communauté locale
  • Contribuer dans le cadre de projets cadrés par la communauté locale (ex maproulette, HOT)
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Dans un bien commun il y a des échelles de contributions. Participer à pousser des évidences comme le bâti, les forêts, les cours d’eau… permet de poser les bases qui pourront être précisées ultérieurement et en particulier avec les particularismes locaux.

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Proche, pas tout à fait le sujet mais pas si éloigné, sur le fait que des projets comme osm ou wp sont pensés avec des forts biais centré sur un mode de vie occidentale dans une « démocratie » (les guillemets pour ne pas rentrer dans ce débat :slight_smile: ) et donc cela pose quelques questions sur l’extension ailleurs (le lien avec colonialisme numérique que tu évoques)
2 points d’une discussion avec @Pyb (<- je ne suis pas sur que cela soit le pyb auquel je pense, qui connait bien quelques sujets à l’international liés à wikipeida) :

  • l’approche européano centrée sur le coté ouvert, libre, suivi des modifications, qui fait quoi → cela a conduit actuellement des contributeurs wikipedia en prison et fait que wikipedia commence à « cacher » des historiques pour éviter des soucis aux wikipediens ! je n’ai pas connaissance aujourd’hui de situations « équivalentes » au niveau d’OSM (si vous avez des exemples, cela m’intéresse évidemment)
  • la « dépendance » de nos outils à la communication par mail et/ou l’accès internet et donc énorme biais également, avec des approches libristes bien complexes à tenir quand les accès les moins chers dans certains pays sont exclusivement lié à du facebook ou whatsapp :slight_smile:

Je rejoins le point de vue de @ZIMMY : entre avoir des données cartographiques (même si elles sont marquées par notre vision européenne des choses) et ne pas en avoir du tout, il vaut cent fois mieux en avoir. c’est tout le sens des projets hotosm qui font appel au monde entier pour qu’il vienne en aide au bien commun d’un pays/région. Certains pays n’ont pas de services cartographiques et nos contributions peuvent s’avérer capitales. Après il en va du sérieux des contributeurs évidement; cela est évoqué plus haut lorsqu’il est fait allusion à la nécessité de consulter et de rentrer en contact avec des groupes locaux. Personnellement, je ne vois pas ce qui pourrait poser problème dans le fait de rajouter des lacs, des forêts, ou des bâtiments dans des zones très peu cartographiées comme le Soudan ou le Canada. Il faut voir Openstreetmap comme un service et une aide potentielle et pas comme une appropriation de territoire ou de l’impérialisme en geodata.

Le Wiktionnaire donne cette définition du colonialisme :

  • « (Par extension) Tendance dominatrice d’un peuple, d’un État. »

Je n’y vois pas de relation de domination. Dans tous les cas il faut respecter les choix et se conformer aux directives des contributeurs locaux, même s’il n’est pas interdit de défendre une façon de faire. Il est en tout cas intolérable d’imposer sa propre vision à des communautés locales.

avons-nous la légitimité pour cartographier d’autres pays ?

Par principe oui, mais je pense qu’il faut distinguer les zones (et pays) pour lesquels il n’y a pas ou peu de contributeurs, et les zones où la communauté existe, voir même, est formellement établi.

Si pas de contributeur, c’est les règles générales de OSM qui s’appliquent sans conflit possible (à priori car pas de contributeurs actif).

Si une communauté locale existe déjà il faut suivre ce qu’elle préconise, mais il est possible de discuter avec elle pour faire adopter de meilleurs façon de faire/solution, mais sans jamais passer en force, en attendant un consensus avant de faire des changements.

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Surtout OpenStreetMap est un projet où toutes les aides sont bienvenues.
Certaines expertises de contributeurs d’autres pays nous permettent d’avoir un échantillon de ce qui pourra mûrir à plus grande échelle.

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Je ne pas encore prise le temps de le lire car il est long et en anglais mais il existe un article de recherche qui me semble traiter du sujet : De/colonizing OpenStreetMap? Local mappers, humanitarian and commercial actors and the changing modes of collaborative mapping

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Bonsoir,

Je clos mon abonnement.

Bye

Je dirai même, avons-nous tout simplement la légitimité de cartographier n’importe où sans se mettre d’accord au préalable sur un référentiel partagé commun?

ca me fait penser au fait que j’avais été chagriné par un allemand qui avait juste de l’autres côté de la frontière rajouté toutes les adresses d’un nouveau lotissement mais en le rajoutant à la méthode allemande (nœud) et pas française (relation). C’était propre, hein, mais comme tout le lotissement n’était pas fini, ca complexifiait les rajouts ultérieurs.
Donc même entre pays de niveau similaire (au niveau carto), on peut avoir ces problématiques.

Autre exemple perso: j’ai tracé des Loch en Écosse, et j’avais comme source les fonds - anglais - OS Survey, donc avec les noms en anglais, alors que les bonnes pratiques demandaient un name en gaélique écossais.

J’en ai fait quelques dizaines avant d’être repris par un contributeur local et donc ensuite d’utiliser uniquement name:en au lieu de name.

D’une manière plus globale, on trouve trop souvent des noms en anglais un peu partout sur la planète, y compris dans des zones non anglophones, et au prétexte que « une information est mieux que pas d’information » et que « tout le monde comprend l’anglais », on vient mettre de la donnée au mauvaise endroit, charge ensuite aux locaux de corriger…
Ce qui impose alors aux réutilisateurices des données sur place des informations dans une langue qu’elles et ils ne maitrisent pas nécessairement (et je pense par exemple qu’on ferait la gueule si on retrouvait un peu partout en France des name=Liceum Marii Skłodowskiej plutôt que Lycée Marie Curie)

Juste pour dire que la bonne volonté ne suffit pas, et qu’il est sain de se poser quelques questions avant d’« aider ». (de la même façon qu’on ne doit pas toucher au fauteuil roulant de quelqu’un avant de lui avoir posé la question de si ça peut aider… et d’avoir attendu la réponse, … et de respecter la réponse)

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En contradiction partielle avec ce que je disais juste au dessus: une réponse de la communauté du Sri-Lanka

https://osmfoundation.org/wiki/Board/Minutes/2023-10#Monthly_presentation_-_OSM_community_in_Sri_Lanka

Question by Imagico (guest) Name tags in OSM in Sri Lanka seem predominantly in Latin/English while official languages are Sinhala and Tamil (using non-latin script) - can you comment on that?

We use English language to do all the things, but we use local language to explain everything.

Entre avoir name=Liceum Marii Skłodowskiej ou ne rien avoir, je préfère avoir le lycée même si le nom n’est pas dans ma langue (ou même pas dans le même alphabet). Ça me permettra de rapidement mettre le nom français, mais surtout je ne suis pas le seul à l’utiliser donc ça ne me dérange pas que ce soit dans une autre langue que la mienne.
Si par exemple c’est une pharmacie, en faisant afficher les POI de pharmacie ça serait dommage qu’elle n’apparaisse pas même si son nom m’ai incompréhensible, je pourrai quand même y aller.

PS : je reviens du Laos, j’ai trouvé qu’il y a une bonne quantité d’infos. Mais heureusement pour nous (on étaient 8 et j’étais le seul à utiliser du « GPS », plusieurs on fini par avoir envi de se mettre à OsmAnd) qu’il y a énormément de choses écrites en anglais parce qu’uniquement dans leur alphabet je n’aurai pas pu l’utiliser. J’ai mis une banque disparue en was:, modifié des routes en chemins et rajouter des choses qui aux moins apparaîtrons avec des icônes qui sont compréhensibles par tous malgré que je n’ai pas pu renseigner avec leur alphabet.

On peut toujours mettre un fix me sur un truc qu’on crée ou modifie pour qu’un habitué adapte au mieux.

c’est surtout le fait d’utiliser name dans une langue autre que locale et de s’en contenter qui me pose problème.

il faut bien sûr donner les informations correctes sur les tags (par ex sur la pharmacie); en revanche, il faut utiliser les name:XX pour d’autres langues et ne pas remplir par défaut name avec une valeur inadaptée.
Ce sera d’autant plus facile d’avoir une analyse de type « name:xx sans name » pour que les contributeurs locaux ajoutent ce qui manque.

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euh, ok, peux tu nous en dire plus ou tu es déjà parti ? un lien avec la discussion ou juste tu as eu envie de le poser là ?

je ne suis pas sur de comprendre, le référentiel partagé commun existe, il n’est pas finalisé, il se décline localement, par pays mais le wiki est là …

je trouve que ce sujet peut aussi poser des questions autour de la limite de la cartographie de fauteuil avec les biais culturels de la photo-interprétation… je trouve tellement plus « simple » de comprendre une photo aérienne dont j’ai la connaissance « physique » du paysage (haies, bordures, chemins, …), dans les cas où je n’ai aucune connaissance « physique » du terrain, du paysage je trouve cela vraiment complexe et donc avec, il me semble, un risque accru d’erreurs (et là on rentre dans quelles erreurs acceptables effectivement).

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je suis tombé sur cet article qui m’a fait penser à cette discussion, ne serait-ce que par la présence de colonisation dans le titre